jeudi 15 décembre 2011

Ranma ½, ou le refus de l’androgynat


A l'occasion de la diffusion du drama de Ranma ½ au Japon (que les anciens du Club Dorothée connaissent certainement), avec de vrais acteurs de chair et d’os, j’ai eu envie de faire un petit retour en arrière sur cette histoire. Je ne parlerai donc pas de la transposition (réussie ou non) du manga à la version live (sujet qui a déjà fait l’objet de deux excellents billets ici et ici) mais plutôt des nouvelles réflexions que cela m’inspire, avec le recul dont je bénéficie aujourd’hui, en traitant uniquement du personnage de Ranma et de sa problématique identitaire.

Si l’on se fie au titre, « Ranma ½ », est censé désigner un personnage moitié-fille, moitié-garçon. Mais dans les faits, Ranma est bien plus garçon que fille (en tout cas dans sa tête). Il est même une caricature de garçon : macho, prétentieux, se moquant des filles, apparemment insensible (voire cruel dans ses paroles) et qui ne pense qu’à s’entraîner. Cela se voit particulièrement dans sa façon d’être distant avec Akané, envers laquelle il ose rarement dévoiler ses sentiments.


Ranma toise sa fiancée de haut.


Il prend ainsi souvent de la hauteur vis à vis d’elle, dans tous les sens du terme. Les scènes où il accompagne la jeune fille en marchant sur le sommet d'un mur (donc au-dessus d’elle) sont sans équivoques. Ranma a constamment peur de la confrontation directe et de voir son cœur percé à jour. Aux jeux des regards et de la franchise, il préfère de loin la fuite ou le face à face martial, où seul son corps s’exprime. Il se réfugie donc dans un rôle, celui de l’homme viril et inflexible, comme une manière de « casser » sa malédiction et de conjurer, en quelque sorte, le fait de ne pas être totalement un garçon, mais une espèce d’ « anomalie ». Un rejet de soi que beaucoup d’adolescents et d’adolescentes expérimentent, dans une société où règne le culte de l’apparence. Une attitude que l’auteur explique, aussi, par la mort de la mère de Ranma lorsque celui-ci était encore jeune, et donc par une déficience de présence féminine durant la première partie de sa vie.

Ranma est donc en souffrance, car il n’assume pas du tout la femme qui est en lui. Ou bien, quand il le fait, c'est à contrecoeur et dans l'excès, par exemple quand il a besoin d'amadouer un obsédé quelconque en mettant à profit ses "rondeurs". Son obstination à vouloir redevenir coûte que coûte un garçon, au mépris de bien des dangers, le projette finalement dans une quête sans fin (et forcément jonchée de déceptions), au lieu de saisir la chance et l’opportunité qui lui est offerte d’explorer (de réconcilier, aussi) deux univers. L’erreur de Ranma (si tant est qu’on puisse parler d’erreur, car ce n’était visiblement pas l’orientation que l’auteur voulait donner à son œuvre) est ainsi de ne pas comprendre ni accepter qu’il n’y a pas à préférer être « un » ou « une ». La seule chose qui compte vraiment, c’est simplement d’être Soi, au-delà de l'apparence, au-delà des jeux de séduction et, surtout, des « qu’en dira-t-on ».

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire